9 étapes pour neutraliser la fatigue cognitive et garantir une traduction irréprochable

Une traduction ne sort jamais de manière linéaire. Le cerveau ne produit pas une dictée parfaite qui ferait sautiller nos doigts sur le clavier pour produire le texte miraculeux. La traduction, c’est bien évidemment une histoire de connaissances et de compétences : des langues source et cible et du domaine auquel appartient le document à traduire, mais aussi des étapes et des processus rigoureux.

Pourquoi livrer le premier jet d’une traduction est une faute professionnelle

Attention à l’attention

Au cœur du cheminement menant à la livraison de la traduction, la phase de révision et de relecture est vitale pour neutraliser les imperfections du premier jet. La phase de traduction nécessite une concentration absolue, or les capacités d’attention et de concentration de l’adulte se situent entre une vingtaine de minutes et une heure et demie. Durant ces fenêtres successives de concentration, les risques de distractions persistent : 

  • dessin d'une femme travaillant devant son ordinateur à son bureau
    Image by Евгения from Pixabay
    le coup de téléphone ou le courriel urgent ;
  • les besoins physiologiques ;
  • les problèmes et configurations techniques ;
  • les bruits ou événements extérieurs ;
  • les rabbit holes : une recherche terminologique, une vérification qui se transforme en dédale, chaque début de réponse menant à une autre question ;
  • la multitude d’onglets ou de logiciels ouverts et le passage d’une fenêtre à l’autre.
Bien sûr, ces perturbations sont contrôlables et ne surviennent pas systématiquement. Que se passerait-il si le traducteur se mettait dans une bulle protectrice ? Le premier jet aurait toujours besoin d’être revu.

Un exercice cognitif périlleux

La traduction suppose de travailler dans deux langues : La Palice en aurait dit autant. 

Le passage d’une langue à l’autre implique de lutter contre l’influence du style, de la syntaxe, voire du lexique de la langue source. La mémoire de travail doit également faire la balance entre rédiger en bon français (style, registre, orthographe, conjugaison, grammaire, ponctuation, typographie) et rendre l’essence du texte source sans négliger la cohérence globale du paragraphe ou du texte.

Image tête et épaule d'une femme flou d'où sorte des traits lumineux
Image by Gerd Altmann from Pixabay
Traduire, c’est faire constamment des micro-choix : ce mot ou son synonyme, cet ordre des mots ou celui-là, une forme active ou une forme passive, suivre sa première idée ou se raviser.

L’ensemble de ces distractions cognitives, qui s’ajoute à l’effort de compréhension initiale, conduit sans surprise à des micro-sauts de l’attention et à des priorisations inconscientes. 

Et voilà qu’une virgule est absente, qu’un accord manque, qu’un pluriel dans la source est devenu un singulier dans la cible, qu’un calque a échappé à notre vigilance, qu’une préposition s’est fait la malle ou que la mise en forme n’a pas été reportée, etc.

Les conséquences d’un travail bâclé

Choisir un traducteur qui ignore les risques de distractions et leurs conséquences sur le texte, c’est recevoir un résultat inutilisable et coûteux.

    panneau éclair : triangle noir rempli de jaune contenant une fléche noire en forme d'éclair pointant vers de bas.
    Image by OpenClipart-Vectors 
    from Pixabay
  • C’est perdre du temps que vous n’avez pas en aller-retour de messages. 
  • C’est une perte de crédibilité pour tout le monde.
  • C’est une relecture en interne anormalement longue avec plus de risques d’anomalies persistantes.
  • C’est un texte qui ne sera pas utilisable à la date prévue.
  • C’est une charge mentale supplémentaire.
  • C’est du temps qui n’est pas consacré à un autre projet.

9 étapes pour assurer la qualité

Si les fautes peuvent apparaitre pendant la phrase de traduction, la sécurisation d’un résultat de qualité commence avant même de taper le premier mot.

Étape 1 : préparation du travail

La gestion des erreurs commence chez moi par la lecture attentive du brief et du guide de style, avec mise en exergue des points les plus importants et prise de notes. Avoir les consignes en tête permet de démarrer du bon pied et de ne pas les oublier en cours de route.

Homme, détective en ombre chinoise examinant une emprunte digitale à la loupe
Image by Gerd Altmann from Pixabay
 Je poursuis par une exploration documentaire et terminologique générale, pour m’imprégner du style, des termes et des codes du domaine avant même d’écrire la première phrase.
Vient enfin la configuration de mon logiciel de traduction : importation des glossaires et des mémoires de traduction, paramètres de contrôle qualité activés, création ordonnée du projet dans le dossier client dédié. J’utilise aussi mes petits programmes : des scripts AutoHotkey, mon hub personnalisé pour accéder plus vite aux outils en ligne ou rechercher dans le domaine du client.

Étape 2 : contrôles en cours de traduction

Le contrôle qualité ne commence pas lorsque le premier jet de traduction est terminé : il se fait aussi au fur et à mesure, segment par segment.

Vérification terminologique

Je cherche, je re-cherche et je vérifie plutôt dix fois qu’une les termes du domaine qui me sont inconnus, jusqu’à ce que la solution trouvée soit la bonne avec certitude. Je sauvegarde les pages utiles et ressources dans un fichier ou un dossier pour y revenir plus tard, pendant la traduction, la révision ou la relecture.

jauge en arc de cercle horizontal avec dégradé de couleurs du orange vers le vers. L'aiguille pointe sur vert le vert tout à droite.
Image by Mikko Koivuneva from Pixabay
Vérification orthographique

Une première relecture de la phrase que je viens d’écrire avant de passer à la suivante évite de laisser un mauvais accord ou une préposition omise.

Ma checklist personnelle

Pour chaque projet, je note au fil de l’eau les éléments dont je ne suis pas satisfaite. Il peut s’agir d’un passage dont la fluidité n’est pas encore assez bonne à mon goût, du choix entre deux termes à uniformiser ensuite sur le reste du texte, d’une vérification terminologique à reprendre, de coquilles aperçues dans le document source à signaler au client, d’une impression bizarre, mais insaisissable, etc.
Ça me permet d’avancer sans oublier. Cette liste peut aussi me servir à constituer des notes de traduction quand c’est nécessaire ou à poser des questions au donneur d’ordre si le problème est insoluble.

Étape 3 : conformité avec le contenu de la source

Une femme de dos peint une toile reproduisant le tableau accroché au mur.
Image by Hermann Traub from Pixabay
Une fois la dernière phrase traduite, je ne me précipite pas vers la relecture stylistique. Je reprends d’abord ma checklist personnelle, puis je remonte dans le texte pour revoir chaque point que j’ai consigné. Je reviens sur chaque problème avec plus de recul et un œil plus neuf que la première fois.

Révision

C’est le moment où je traque les omissions, les erreurs, les ajouts ou surtraductions, etc. Je m’assure que tous les aspects et nuances de la phrase source sont dans la phrase cible, que le sens exact est retranscrit dans le bon ordre et dans le respect du ton.
Je revérifie au passage la terminologie et, le cas échéant, la conformité au glossaire client (termes préférés, interdits).

Étape 4 : édition du style et correction de la langue française

abc écrit dans un carré noir avec coche verte dans l'angle inférieur droit
Image by OpenClipart-Vectors
from Pixabay
La traduction est fidèle à la source : elle doit maintenant être 100 % agréable à lire. Je relis intégralement le texte en français uniquement en me concentrant cette fois sur la fluidité, le rythme des phrases, les répétitions ou lourdeurs et la justesse du registre. Je vérifie que les termes sont bien harmonisés tout comme les énumérations et les titres. L’objectif : que le lecteur final ne devine jamais qu’il a affaire à une traduction ! Quand une formulation accroche le palais, c’est pour moi un jeu de réécriture : il s’agit de rédiger spontanément le contenu sans l’influence du texte source. Je veille aussi à éliminer toutes les erreurs de grammaire, conjugaison, orthographe ou liées à un remaniément de la phrase qui pourraient avoir échappé à mon attention pendant la rédaction.

Étape 5 : vérification de la ponctuation et de la typographie

Je consacre une relecture à la ponctuation et à la typographie, avec un retour systématique vers le guide de style du client : espaces insécables, guillemets, majuscules, unités, format des dates, des mesures, type d’apostrophe… Ces détails, invisibles quand ils sont bien traités, sautent immédiatement aux yeux quand ils ne le sont pas.

Étape 6 : contrôle de la mise en forme

écran d'ordinateur relié à un souris devant un clavier relier à la fenêtre d'un document en dehors de l'écran
Image by Mudassar Iqbal from Pixabay
Je vérifie ensuite que la mise en forme du texte source a bien été respectée : gras, italique, capitalisation, retrait, puces, retour à la ligne, alignement et espacement des paragraphes, etc. La traduction doit être conforme à la source et sa présentation propre et logique.

Étape 7 : utilisation d’outils d’analyse

Plusieurs outils détectent ce que l’œil a parfois sauté. Parmi ceux que j’applique systématiquement à mon travail, on retrouve :
  • le QA Check de Trados, pour déceler les incohérences terminologiques, les divergences de ponctuation ou de capitalisation, les balises de mise en forme manquantes, voire une mauvaise retranscription des nombres ;
  • Antidote : ce logiciel de correction professionnel, bien plus affûté que la vérification d’orthographe de Word, repère les problèmes d’orthographe, d’accords, d’homonymie, de registre de langue. Il contrôle également la typographie, l’omission de mot et permet même d’examiner l’inclusivité et de détecter des répétitions de mots de la même famille.
Ces outils ne sont pas infaillibles et ne remplacent pas la relecture humaine, mais ils peuvent rattraper ce que la fatigue ou l’habitude peuvent laisser filer. Voir le texte dans une autre interface permet aussi de garder une bonne concentration.

Étape 8 : relecture finale multicanal

Pour cette dernière relecture, je change volontairement de canal de perception, car l’œil qui a suivi tout le processus de traduction a tendance à lire ce qu’il s’attend à voir plutôt que ce qui est réellement écrit :
  • une écoute en synthèse vocale (text-to-speech), qui révèle immanquablement les omissions et les phrases mal construites ;
  • une relecture sur écran ou sur papier, le support papier étant souvent redoutablement efficace pour débusquer les erreurs ;
  • une ultime vérification de ma checklist projet, pour m’assurer qu’aucune consigne spécifique n’a été oubliée en cours de route.

Étape 9 : finalisation

Dernière ligne droite : je consigne mes commentaires éventuels, soit dans un fichier dédié, soit directement sur la plateforme du client (questions restées en suspens, choix de traduction à justifier, coquilles repérées dans la source…).
Je termine par la sauvegarde de l’ensemble des fichiers et des ressources du projet, puis par la livraison selon les termes convenus avec le client.

Marion Fouret

Marion Fouret

Traductrice indépendante, je traduis vos textes de l'allemand vers le français avec précision et fluidité. Mes domaines de prédilection : l'économie et la finance, le tourisme, et tous les contenus rédactionnels ou généralistes qui demandent du soin.

J'ai traduit des statuts de holding, des revues de marchés et résultats trimestriels, des présentations de produits d'assurance et de prévoyance santé, ainsi que des CGV et des contenus e-commerce.

Diplômée en traduction, titulaire d'un master spécialisé sur l'Allemagne et d'une double formation en économie-gestion et langues étrangères appliquées, j'ai aussi vécu plusieurs années en immersion en Allemagne.

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